Ce qui vit dans nos villes !
#142 - Ce que la ville abrite sans qu'on le remarque vraiment.
Bonjour,
On en parle de plus en plus, dans les médias, dans les débats politiques, dans nos quartiers aussi. Et pourtant, nous avons l’impression que la biodiversité reste une notion encore floue pour beaucoup d’entre nous.
On pense aux parcs, aux arbres, peut-être aux pigeons ou aux perruches qui passent au dessus de nos têtes, avec leur cris particuliers . Mais la réalité est plus riche, plus complexe, et surtout bien plus fragile que ce que l’on imagine.
Cette semaine, on invite à faire un focus sur ce qui vit autour de nous sans qu’on s’en rende vraiment compte, et pourquoi tout cela nous concerne directement.
Bienvenue aux nouvelles personnes abonnées. Cette édition est un bon endroit pour commencer à regarder la ville autrement.
Bonne lecture !
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Comment la biodiversité urbaine a-t-elle été perçue dans l’Histoire ?
Historiquement, la nature en ville a longtemps été perçue comme un élément secondaire, voire gênant. L’urbanisation du XXe siècle a accentué la séparation entre espaces urbains et naturels. La ville se voit comme un lieu de progrès et de maîtrise de la nature sans rien devoir lui concéder.
Les villes et leurs espaces verts sont surtout conçus pour leur valeur esthétique ou pour satisfaire nos loisirs, en créant des espaces récréatifs, des espaces de détente ou de tourisme. La préférence est accordée a des espèces ornementales, souvent exotiques, sélectionnées pour répondre aux contraintes urbaines et embellir les villes.
Cependant, cette perception évolue dans les années 1980-1990, avec une prise de conscience de l’importance de la biodiversité urbaine pour le bien-être, la santé et l’adaptation au changement climatique.
Les citadins expriment aujourd’hui un désir de nature proche de chez eux. On ne cesse de le répéter, mais les espaces verts joueraient un rôle social fort dans la vie des quartiers.
Les arbres et les oiseaux sont en quelque sorte les symboles de cette nature urbaine, appréciés pour leur capacité à rythmer nos saisons et à offrir des repères temporels dans nos rythmes effrénés.
Aujourd’hui, la biodiversité urbaine bénéficie d’une reconnaissance croissante. Il est vrai que c’est encore insuffisant. Les mentalités évoluent et on ne se limite plus à apprécier la Nature en ville pour son simple aspect esthétique. On lui reconnaît désormais pleinement les fonctions écologiques et les services rendus aux écosystèmes.
Cette évolution s’accompagne d’une demande citoyenne pour des politiques urbaines plus vertes, une meilleure gestion des espaces naturels et une cohabitation harmonieuse avec elle.
La biodiversité face au contexte urbain
Les freins au développement de la biodiversité en ville sont nombreux et rythment notre quotidien. Vous allez voir il est très facile de se les représenter.
Une pollution élevée : l’air, l’eau et les sols urbains : l’ensemble de l’environnement urbain est pollué. Une forte nuisance pour la santé des espèces végétales et animales, il est difficile de se dire que nous puissions y échapper !
La fragmentation et l’artificialisation des habitats : les espaces naturels sont morcelés et isolés. Les routes, les bâtiments et infrastructures sont autant de frontières et de barrières qui entravent la circulation des populations animales et végétales.
La bétonisation et le manque d’espaces verts : la forte densité des constructions réduit considérablement la surface disponible qui lui est accordée.
L’effet d’îlot de chaleur urbain : les villes ont cette capacité à accumuler la chaleur. Les températures pouvant varier considérablement d’une zone urbaine à un milieu rural quelques kilomètres plus loin. Cela crée des conditions extrêmes et perturbe de nombreuses espèces.
La gestion de l’eau modifiée : à vouloir canaliser à tout prix l’eau de pluie, on raréfie les zones humides, ce qui affecte la faune et la flore aquatiques.
La concurrence avec les espèces exotiques : les espèces non-indigènes, introduites dans nos villes, souvent/parfois grâce à l’intervention humaine, entrent en concurrence avec les espèces locales.
L’éclairage et la prédominance du bruit : l’éclairage nocturne et le bruit permanent perturbent les cycles de vie, la reproduction et la migration de nombreuses espèces.
La gestion inadaptée des espaces verts : une gestion intensive (une tonte fréquente, le balayage de feuilles et l’usage de pesticides) peut également nuire à sa présence et à sa diversité.
La biodiversité la plus représentée en ville
Selon Nathalie Machon, professeure d’écologie urbaine au Muséum national d’histoire naturelle, la biodiversité urbaine se distingue par la présence de tous les grands groupes taxonomiques : animaux, végétaux, champignons et micro-organismes.
Si les espèces aquatiques sont rares en ville. L’assèchement des zones humides et de la canalisation des eaux de pluie en sont les principales raisons. La diversité du vivant en milieu urbain est étonnamment riche et variée.
Cette diversité s’exprime à travers une mosaïque d’espaces (parcs, friches, jardins, toits végétalisés) qui offrent des refuges à de nombreuses espèces capables de s’adapter aux contraintes urbaines.
Une part importante de cette biodiversité est constituée d’espèces cultivées. Les plantes horticoles et potagères embellissent nos balcons, jardins et espaces verts. Certaines de ces espèces s’échappent parfois et s’installent durablement. Elles deviennent mi-sauvages, mi-domestiques, à l’image des roses trémière ou des perruches à collier, que l’on peut reconnaître à leur vol et leurs chants même haut dans le ciel.
Les chiens et chats, compagnons les plus présents dans nos vies, jouent quant à eux un rôle ambivalent. Ils apportent réconfort à certain(e)s et créent du lien social. Mais ils peuvent aussi avoir un impact sur la faune sauvage, notamment par la prédation des chats sur les petits mammifères et les oiseaux.
La biodiversité urbaine compte aussi de nombreuses espèces sauvages, souvent très résistantes aux perturbations humaines : hérissons, écureuils, chauves-souris, insectes pollinisateurs ou vers de terre.
Ces espèces s’adaptent grâce à leur plasticité comportementale, leur tolérance à la proximité humaine et leur capacité à exploiter de nouvelles ressources, un phénomène appelé synurbisation.
Rappelons que la préservation de cette biodiversité bénéficie largement de l’implication citoyenne, notamment via les programmes de sciences participatives. Cet engagement enrichit la connaissance scientifique et encourage une gestion plus respectueuse et collective du vivant en ville.
Toutes les deux semaines, on va à la rencontre de celles et ceux qui font de nos villes, des lieux plus vivants, plus verts, sensibles à la santé et à la cohésion sociale : retrouvez le podcast Daily Green.
La synurbisation, la capacité à s’adapter au comportement humain
La biodiversité la plus répandue en ville est composée d’espèces dites généralistes. Elles sont capables de s’adapter aux contraintes du milieu urbain et à la présence humaine.
On retrouve notamment des oiseaux comme le pigeon biset, le moineau domestique, la corneille noire et l’étourneau sansonnet, présents dans plus de 80 % des villes du monde.
Les plantes rudérales, des végétaux qui poussent dans les décombres, les ordures, les abords des habitations et sur les voies de circulation, colonisent plus de 90 % des espaces urbains.
Les rats, les souris ainsi que certaines espèces d’insectes qui répugnent ou effraient certains d’entre nous (fourmis, blattes, araignées), constituent également le cœur de cette biodiversité urbaine.
Cette incroyable adaptation de la biodiversité au comportement humain connaît plusieurs stratégies :
La plasticité comportementale : ces espèces modifient leur alimentation, leur rythme d’activité et leur reproduction, pour tirer profit des ressources urbaines, comme les déchets alimentaires ou les abris artificiels.
Une tolérance à notre présence : beaucoup d’animaux urbains, vous l’avez sûrement constaté, les pigeons ou les rats, sont moins méfiants et deviennent plus dociles. Ce qui facilite leur cohabitation avec les humains.
L’adaptation des espèces en milieu urbain : certaines espèces évoluent dans leur comportement ou dans leur biologie afin de mieux exploiter le milieu urbain. Les mésanges adaptent leur chant pour couvrir le bruit ambiant, les corbeaux utilisent le passage des voitures pour casser les noix. Les lézards urbains s’adaptent avec des pattes mieux adaptées au bitume.
Ce phénomène, appelé synurbisation, désigne l’ensemble des adaptations qui permettent à certaines espèces de se développer en ville. Souvent cela se fait au détriment des espèces plus spécialisées ou plus sensibles.
Cette évolution conduit de fait à une homogénéisation de la biodiversité urbaine partout dans le monde.
Comment on peut le constater, la diversité de la biodiversité urbaine n’est plus à démontrer, reste à nous d’être plus attentifs, plus sensibles à l’environnement qui nous entoure. Dans la prochaine édition, nous vous invitons à aller à la rencontre d’un photographe animalier en milieu urbain. Un échange vraiment intéressant avec une personne qui passe le plus clair de son temps à observer la biodiversité dans l’une des capitales les plus visitées au monde.
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Je suis en train de lire le livre "Animal" de La Relève et La Peste, très intéressée par le sujet.