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[EP#16] La transformation des villes est culturelle, pas technique avec Reena Mahajan
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[EP#16] La transformation des villes est culturelle, pas technique avec Reena Mahajan

Se donner la permission culturelle nécessaire pour repenser radicalement nos rues ?

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Bonjour,

Comment transformer une ville quand le principal obstacle n’est pas technique, mais culturel ? Quelle place donner à la nature dans des espaces urbains structurés depuis des décennies autour de la voiture ? Et surtout : comment se donner la permission culturelle nécessaire pour repenser radicalement nos rues ?

Je me réjouis de vous partager ce nouvel épisode avec Reena Mahajan, architecte et urbaniste, fondatrice du studio DiverCity, cabinet de conseil en urbanisme et de StreetSmart, une plateforme civic-tech qui aide à révéler et qualifier l'expérience vécue des rues pour éclairer leur transformation.

Nous avons parlé de ce que signifie vraiment vivre en ville quand on devient parent, quand chaque traversée de rue devient une épreuve, quand la nature existe mais reste inaccessible.

J’étais curieux de savoir pourquoi la compatibilité entre nature et voiture n’est plus tenable aux proportions actuelles, comment les dessins plus que les mots ont un impact, et comment le langage ou les expérimentations temporaires peuvent débloquer des transformations que l’on croyaient jusque-là impossibles.

Bonne écoute !


La place de la voiture dans les espaces urbains

Le principal frein à la transformation des villes n’est pas technique. Il est culturel.

Reena Mahajan en a pris conscience à Montevideo, la capitale de l’Uruguay.

Marcher avec son enfant dans une ville dessinée pour la voiture lui révèle une absurdité quotidienne, celle d’attendre 15 minutes pour traverser une avenue de six voies pour se rendre à la plage, juste en face. Mais d’observer aussi des personnes âgées renoncer à sortir parce que les feux passent trop vite et constater que l’espace public priorise systématiquement le mouvement automobile sur la vie des habitants.​

Reena formule alors une conviction : “La nature en ville est totalement incompatible avec une ville qui est organisée autour de la voiture”.​

Elle nous partage dans cet épisode son engagement : comment trouver la permission culturelle nécessaire pour transformer les villes et remettre la nature au cœur de l’espace urbain ?


Repenser nos priorités

Reena a créé une infographie qui étend la pyramide inversée de la mobilité et au sommet, au-dessus du piéton, elle place la nature.​

La nature est le paysage originel de l’humanité, celui qui soutient les êtres humains. Et parce que la rue n’est pas seulement un espace de circulation : c’est un lieu de vie, de repos, de jeu, de cohésion sociale.​

Son constat est direct : “Si on veut plus de nature en ville, forcément, on a besoin de moins de voiture”. La nature a besoin d’espace, de continuité, de temps.

La voiture, quant à elle, représente la vitesse. Elle fragmente la ville et a un besoin massif d’espace pour son stockage. Dans les proportions actuelles, les deux sont incompatibles.​

La nature en ville n’est pas une nature sanctuarisée. C’est une nature avec l’humain.​

Elle introduit aussi un terme puissant : la motonormativité. Cette normalisation culturelle de la voiture nous fait accepter ce que l’on ne tolérerait pour aucun autre objet. Vous en apprendrez plus sur la machine à laver ;)

À Montevideo, elle lance Montevideo Pacificada, une campagne visuelle organique sur les réseaux sociaux. Des dessins, des cartoons qui exposent l’absurde quotidien. “Le dessin parle plus vite que l’argumentation logique”, explique-t-elle.​

Elle questionne aussi le langage : pourquoi parle-t-on d’« usagers vulnérables » pour les piétons et cyclistes, comme si c’était leur faiblesse et non le danger des voitures qui posait problème ? Pourquoi « micro-mobilité » pour le vélo, normalisant ainsi la « macro-mobilité » automobile ?​ “L’urbanisme et les espaces publics ne sont pas neutres, ils sont très politiques”.​


La permission culturelle pour transformer nos villes !

Reena développe StreetSmart, une plateforme web qu’elle décrit comme “un Duolingo pour l’urbanisme”.

Le principe est de photographier une rue et d’obtenir instantanément une analyse de sa marchabilité, de la sécurité, de l’accessibilité. Puis de répondre à quelques questions simples sur son expérience vécue.​

Elle affirme que l’objectif est d’aider les habitants à comprendre leur rue et à remonter leurs ressentis aux municipalités. Cela permettrait à la participation citoyenne d’intervenir plus tôt dans les projets.​

Si on ne change pas la culture, on ne peut pas changer la réalité”, nous dit Reena. Au sein du Lab of Thought, le think tank néerlandais, elle travaille sur un phénomène clé : l’ignorance pluralistique.

La majorité des gens veulent des villes paisibles, marchables, vertes, bonnes pour les enfants. Mais une minorité bruyante bloque le changement.​

Elle parle d’“Hill of Hysteria” (colline d’hystérie). Dès qu’un changement est annoncé, la résistance atteint un pic et c’est là que la plupart des autorités reculent. Mais en dépassant ce pic par une expérimentation temporaire, à faible risque et fort impact, la résistance baisse. Et le résultat est positif car, le changement est accepté et très souvent les politiques sont réélus.

Enfin, Reena évoque la relation des enfants à la nature. Cette génération a accès à l’information, est sensibilisée sur la protection de l’environnement, mais n’a pas de contact réel avec la nature.

Sa conviction : “Je pense qu’on ne peut pas avoir cette motivation de protéger quelque chose qu’on ne connaît pas”.


Face aux modifications profondes du climat, Reena Mahajan fait un pari : la transformation urbaine passe par la transformation culturelle. Celle-ci commence par nommer ce qu’on a normalisé, expérimenter dans l’espace public, et reposer les bonnes questions.

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